Jour 123 à 143 – Argentine – Buenos Aires & la Préparation pour notre Retour au Canada!

2017-02-08 au 2017-03-01 – Jour 123 à 143 – Buenos Aires, AR

Après 29000 km sur la route, j’ai pris la décision de passer 3 semaines à Buenos Aires et d’y terminer mon voyage. Mon retour était initialement prévu le 1er avril, mais avec mon progrès rapide, les prix élevés en Argentine et un sentiment du mal du pays qui commençait à s’installer, j’ai décidé de revenir un mois plus tôt.

L’option de visiter le nord de l’Argentine, du Chili et même la Bolivie (que j’ai dû manquer dû à un problème de suspension au Pérou) était toujours présente, mais s’est éteinte lors du trajet de retour de Ushuaia. Le coeur n’était simplement plus là et je n’avais plus la motivation, ni la force mentale, de me taper un autre 4000 ou 5000 km.

Cela me donne un peu de temps pour me refaire la forme à Buenos Aires, et pour profiter de quelques jours d’été de plus avant de retourner au climat canadien, qui, aussi bizarre que ça puisse paraitre, commence à me manquer!

Le connais bien cette ville pour y avoir séjourné à plusieurs occasions ces 15 dernières années, et ce, parfois pour plusieurs mois à la fois. J’étais donc fébrile à l’idée de retrouver cet endroit familier.

J’ai eu la chance de débuter mon séjour par une belle soirée avec Rachel et Paul, du Royaume-Uni, rencontrés sur la Ruta 3 au sud de Bahia Blanca il y a quelques jours. C’était leur dernière soirée en Amérique du Sud, après un voyage sur 2 roues de plus de 7 mois qui a débuté à New York, et passé par l’Alaska. Bravo et merci pour la belle soirée dans un restaurant classique de Palermo, le Don Julio!

J’ai aussi rendu visite mes amis locaux. Quel accueil de Gabriela et son fils Natalio!

J’en ai profité pour faire un petit tour de moto à Gabriela. Nous avons visité la ville de Tigre.

C’est un peu difficile pour moi de bien décrire Buenos Aires sans le faire trop négativement. Je dois admettre que bien que la ville n’ait pas beaucoup changé en 15 ans, le voyageur que je suis, lui, a grandement évolué, voir même, un peu (lire:beaucoup) vieilli! J’ai retrouvé un courriel écrit à mes amies Sonia B. et Sophie T. en 2006! Il résume bien mes pensées pour cette ville et est encore, en grande partie, d’actualité!

Bonjour les filles!

Buenos Aires est une ville vibrante. Mon quartier (Palermo Soho ou Palermo Viejo) est certainement le plus vivant. Un peu comme le Plateau, il réserve de grandes surprises en terrasses, restos, bars et superbes petites boutiques spécialisées.

Je mange très bien, mais toujours très tard. Les restos sont habituellement presque vides jusqu’à 10 – 11h00 pm! Même la semaine. Les restos sont très beaux, offrent un bon choix et surtout, on s’en sort toujours en bas de 30$ pour 2 avec une bonne bouteille de vin et le pourboire!!!

Malheureusement, la ville est ternie par l’anarchie sur les routes, une pollution due aux véhicules automobiles (vieux autobus, autos, camions), et une répartition de la richesse très inégale.

(…)

Il faut toujours regarder de chaque côté quand on traverse une rue. Ici, oubliez les feux de piétons! C’est plutôt la compétition à savoir qui passe le plus proche de frapper un piéton! En vélo, c’est simplement comme aller à la guerre! Les gens passent à quelques centimètres de mes guidons et c’est tout simplement normal pour eux!

En ce qui a trait à la pauvreté, c’est vraiment difficile à voir même si ce n’est pas ma première visite ici. Des familles entières vivent sur la rue. C’est comme si par exemple, une famille de 5 était établie littéralement au coin des rues Saint-Laurent Prince-Arthur. Des matelas sur le trottoir et les enfants qui y dorment… Et ça, de façon permanente.

Les gens de Buenos Aires sont un peu froids. C’est une grosse ville. Les gens entre eux ne se parlent que si c’est nécessaire. Contrairement à Montréal ou Paris, les gens sont très réservés et ne s’adresseront pas aux personnes qui sont, par exemple, assis à leurs côtés dans un bar ou un pub. Heureusement, cela change dès que le contact peut se faire, mais ce premier contact demeure difficile.

(…)

En relisant ce texte, je réalise maintenant avoir passé un peu trop de temps ici, car je commence à m’attarder sur les choses négatives, comme le bruit, la froideur des gens, le trafic, la fumée de cigarette, la saleté omniprésente, le manque de politesse, les personnes, voir les familles entières couchées par terre et vivant dans les rues, et maintenant, les prix à la consommation qui ont quadruplé depuis ma dernière visite en 2014.

Cette année, après avoir marché près de 600 km dans la ville en 3 semaines, c’est comme si un déclic s’était produit et que la marmite avait débordé.

Je ne prends habituellement pas de photos de ce genre, simplement pour ne pas avoir à me remémorer ces scènes, mais j’ai fait une exception dans ce cas, car justement, que je veux me souvenir. À noter que ces photos ont été prises dans le quartier le plus à la mode de la ville (Palermo)! Vous pouvez vous imaginer comment la situation s’empire en sortant du centre, si ce n’est que de quelques kilomètres.

La ville fait beaucoup d’effort pour nettoyer les rues, mais le résultat n’est simplement pas là.

Plusieurs de ces gigantesques poubelles ont été installées partout dans les quartiers et un programme global se nommant La Ciudad Verde (la Ville Verte) est très visible, mais comme vous pouvez le constater, ce n’est pas tous les citoyens qui font les efforts nécessaires.

Le gros problème est que les poubelles sont systématiquement vidées de leur contenu plusieurs fois par jour par les plus pauvres afin de sortir les choses qui pourraient être recyclées. Malheureusement, on ne respecte aucunement le voisinage et avec des températures dépassant les 30 degrés, je vous laisser vous imaginer les odeurs présentes autour de ces installations.

De plus, quand j’ai découvert cette ville, un de ses grands attraits était qu’il était possible de vivre comme un roi pour quelques pesos par jours. C’était pour moi la ville du meilleur steak au monde, avec en bonus, du superbe vin qui ne coutait presque rien!

Maintenant, pour être bien franc, je ne suis même plus capable de me payer une soirée dans un grand restaurant, à part pour les occasions spéciales.

Tous les prix ont quadruplé depuis l’arrivée du dernier gouvernement. C’est une déception, et un gros inconvénient, mais ça reste pour moi un inconvénient. Je pense à mes amis qui vivent ici… Leur salaire n’a pas triplé, loin de là!

Exemple. Un sac de croustilles de 200 grammes coute environ 2$ au Canada. En Argentine, il fallait débourser à peine 1$ il y a 3 ans, mais maintenant, on parle de 8$ pour le même sac!!! Le bon côté est que cela m’a forcé à moins et à bien manger, mais cette règle s’applique aussi a tous les autres produits à la consommation, la viande, le lait, l’électricité, le transport, l’essence… C’est triste de voir une économie si volatile, surtout quand les victimes sont les gens de la classe moyenne et les moins nantis.

Je discutais d’ailleurs de ce sujet avec Javier, le propriétaire de Dakar Motos et résident de Buenos Aires depuis toujours. Il me disait que les classes sociales sont très visibles et que les riches, en plus de s’isoler entre eux, n’étaient pas très sensibles aux problèmes des plus pauvres, et étaient parfois carrément snobs, comme si les gens qui avaient du succès devaient absolument le montrer.

Cela explique un peu pourquoi je me sens de moins en moins à l’aise ici. J’avais clairement remarqué que les gens qui ont des motos plus grosses, similaires à la mienne, étaient totalement indifférents quand ils me croisaient, contrairement à pas mal tous les autres pays que j’ai visités (à part le Chili, où l’attitude est similaire). Il m’expliquait aussi qu’une grosse BMW est un objet de grand luxe en Argentine et que les propriétaires de moto de ce genre regardent les autres motocyclistes de très haut avec une attitude condescendante.

Une BMW vaut au minimum 50000$ en Argentine! Un bon salaire mensuel, pour une personne travaillant dans un emploi stable, est de 1000$. Faites le calcul… Pas évident.

Je suis conscient que toutes ces choses sont aussi présentes à Montréal et au Canada, mais je ne peux expliquer pourquoi je le ressens si fortement ici.

Malgré tout, la ville n’a rien perdu de son dynamisme, si ce n’est que les boutiques sont un peu moins achalandées, autant par les locaux que les touristes. C’est comprenable, tout étant hors de prix.

Les bars et restaurants, de leur côté, sont toujours aussi bondés, et ce, jusqu’à très tard le soir (lire: très tôt le matin!). Les prix de la bière et du vin ont doublé, mais cette augmentation est minime comparée aux autres produits. C’est donc facile de continuer à trinquer abondamment et c’est le cas à presque chaque coin de rue, surtout dans le quartier Palermo, où on retrouve des centaines de bars et restaurants.

Bon, un peu plus de positif maintenant (je suis désolé pour m’être un peu défoulé). La ville réserve quand même de belles surprises à qui fait l’effort de la visiter, et offre des quartiers vivants ainsi qu’une architecture variée et impressionnante. Voici quelques images de ma collection!

La superbe salle à manger de l’hôtel Faena en mémoire d’un super repas avec Robert M. il y a quelques années!

Je partage aussi avec vous quelques vidéos réalisés lors d’une visite antérieure (alors que je trainais un équipement photo beaucoup plus imposant et complet!). Ils décrivent bien ce que j’ai ressenti de bien pour chacun des quartiers les plus populaires de la ville. (titres en anglais).

Microcentro (Obelisco)

Caminito (La Boca)

Une Hora in Puerto Madero

Recoleta, la linda…

Palermo – A short day, a long night!

San Telmo – La Gente

Tigre – Green, blue… and brown!

La Feria de Mataderos

Une visite à Buenos Aires ne serait pas complète sans une petite sortie à Colonia, en Uruguay!

One day in Colonia Del Sacramento, Uruguay

Et peut-être même dans une belle Estancia!

Finca Piedra – Estancia Turistíca- Uruguay

Comme plusieurs d’entre vous m’ont demandé de documenter le processus du retour de la moto au Canada, voici les détails.

Le jeudi 23 février, 7 jours avant mon départ, était la journée où je devais conduire La Gorda vers l’aéroport international de Ezeiza, situé à environ 30 kilomètres du centre-ville de Bs.As. (abréviation pour Buenos Aires!).

Je crois qu’il serait possible d’organiser le processus sans l’aide de Dakar Motos, mais j’estime que ce serait long, pénible et risqué. Ma décision fût facile et j’ai payé les frais de 100$ pour que Javier et Sandra s’occupent de la partie administrative. Ils possèdent un grande expérience ainsi qu’une réputation très positive dans le milieu.

Voici les étapes une par une.

  1. Quelques semaines avant mon arrivée à Buenos Aires, je contacte Javier via Facebook. C’est la manière la plus facile de le rejoindre.
  2. Je reçois une soumission quelques jours plus tard pour l’envoi de la moto soit à Montréal, Houston ou Miami (2200$ au Canada ou 1800$ au E.-U.)
  3. Javier me donne la liste des documents nécessaires à préparer (2 copies de la page des détails de mon passeport, 2 copies de la page des étampes lors de ma dernière entrée en Argentine, 2 copies du document d’importation temporaire de véhicules remis par la douane, 2 copies de l’immatriculation de la moto)
  4. Je fais me rend chez Javier et Sandra afin de fournir les copies demandées et remplir les derniers documents. Cette étape pourrait facilement être faite ailleurs, mais je crois qu’ils préfèrent le faire dans leurs locaux, situés à 30 minutes du centre de Bs.As. Ils m’expliquent aussi comment me rendre à l’entrepôt du cargo international pour préparer la moto. Je leur remets 100$ US
  5. Je me rends à l’aéroport le 23 février à 10h30 en m’assurant que le réservoir d’essence est presque à sec, car il ne doit rester que 1 ou 2 litres afin que la moto puisse monter à bord de l’avion (voir le texte un peu plus bas!!!)
  6. Lors de l’arrivée de la moto, on me demande de déconnecter la batterie et enlever le pare-brise
  7. La moto est placée sur une palette et attachée solidement par les employés de l’entrepôt
  8. Seul les effets relatifs à la moto sont permis (vêtements, outils, équipements). J’ai quand même laissé ma tente, qui est, pour les besoins de la cause, devenue une toile protectrice pour la moto! Aucune question ne fût posée.
  9. La moto a passé dans un gros scanner et est revenue pour être « emballée » et transportée vers je ne sais où! C’est la fin de la journée et je reviens au centre-ville avec une navette publique (80 pesos) proposée par Sandra
  10. Le lendemain, je retourne au centre-ville afin de payer pour le transport. Le paiement est en espèce (US$ ou Pesos argentins).
  11. Une facture est fournie ainsi qu’un numéro de suivit pour Air Canada ou United.

Comme mentionné précédemment, la moto doit arriver avec le moins d’essence possible à l’aéroport. Devinez ce qui m’est arrivé…

Et oui, malgré le fait que l’ordinateur de bord indiquait une autonomie restante de 50 km, je suis tombé en panne d’essence. Pourquoi faire les choses facilement quand on peut y ajouter un peu de stress, et de… Sueur! J’ai, par chance, manqué de carburant à 2 kilomètres d’une station d’essence. J’ai pris mes bouteilles MSR et me suis mis à courir vers celle-ci mais j’ai dû rebrousser chemin quand une voiture de police s’est immobilisée derrière ma moto. Ils me disent que je ne peux laisser celle-ci à cet endroit, car elle risque de se faire voler. Allo!!! Je ne suis pas ici par choix. Je leur indique que je vais me rendre à la station d’essence pour remplir mes bouteilles. Je leur demande s’il est possible de me donnerun petit lift, mais ils refusent et me disent qu’une remorqueuse viendra m’aider.

Après 15 minutes d’attente, et regardant l’heure qui avançait dangereusement, j’ai décidé de repartir à la course afin d’aller chercher quelques litres de carburant pour me permettre de me rendre jusqu’à l’aéroport.

Courir 2 kilomètres sur le bord d’une autoroute avec mon ensemble de moto plein à craqué (j’avais rempli toutes les poches possibles afin de réduire le plus possible le poids de mon sac à dos) et une température de 35 degrés, est loin d’être évident. Pas besoin de vous dire que j’étais détrempé comme si je sortais de la douche!

Quel moment parfait pour manquer d’essence une première fois après 29000 km! Un gros merci aux ingénieurs de BMW pour une jauge d’essence si minable. En passant, elle fut remplacée avant le départ et ce, pour la 7e fois en 6 ans!

Et voilà, notre séparation est maintenant officielle. La Gorda quitte de son côté sur un vol de United. Pour ma part, je m’envole le mercredi 1er mars, aussi avec United. Le processus est beaucoup plus simple que j’anticipais. Le seul défi demeure le paiement en argent liquide, lequel j’avais prévus en traînant 2000$ avec moi pendant 6 mois… Pas toujours évident!

Le prochain post sera un compte rendu global du voyage.

Comme je quitte l’Argentine, voici mon appréciation ce ce pays!

Coup de cœur: Un peu difficile à dire, parce que je connaissais l’endroit au préalable et, car j’ai été un peu déçu de ce pays en général. Mes attentes étaient trop grandes. Le trek de El Chalten fût splendide
Déception: Le coût de la vie maintenant astronomique
Ville la plus accueillante: El Chalten, vu son aspect centré sur le tourisme
Meilleure ambiance: Quartier Palermo Soho à Buenos Aires
Où j’irais passer un mois complet en hiver: Aucun des endroits visité durant ce voyage
Où je ne retournerai pas: Malheureusement, pour le moment, Buenos Aires ne sera plus sur la liste
La surprise: Les prix qui ont triplés, voir quadruplés depuis ma dernière visite
La plus belle route: La 7, entre Santiago et Mendoza
La plus laide: La Ruta 3, sur toute sa longueur
Si c’était à refaire: J’ai accéléré les choses pour tenter de passer le plus de temps possible en Argentine et à Buenos Aires. Ce fût une erreur
La prochaine fois: Visite de la partie nord du pays
Ce qui m’a manqué le plus: La propreté, la tranquillité, les prix abordables, la gentillesse des gens. OK, j’ai clairement passé trop de temps à Buenos Aires!

Nombre de jours: 39
Distance parcourue: 4600 km

EXTRA: Distance marchée ou courue durant mes 3 semaines à Buenos Aires: 612 km (Impressionnant quand même!!!)

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Marc Ouellet

Aventurier dans l'âme. En route vers l'Amérique du Sud sur 2 roues bientôt!

6 Commentaires
  • Geoffrey Parsons
    Répondre

    So really, how was Argentina?

    Best part of trip was central Mexico, No?
    Second best…..arriving home. To minus 27C temperature.

    And straps tying your bike to the pallet. They weren’t tight when the bike arrived!!!

    Welcome back.

    1. Marc Ouellet
      Répondre

      I know, I was a bit negative about Argentina. Must be the high expectations and the fact that I had been in Latina America for quite a while!

      A lot of people ask me what was the best part. I can’t really single out a place. Mexico was great but was it the best? Do I really need a « best »? On such a long trip, I find it very difficult to single out just one spot.

      I’ll post « My Best Of » shortly!

      Thanks again for helping me take the bike home from the airport! I can’t wait for spring to arrive!

  • JP Richard
    Répondre

    Félicitation ! Et merci beaucoup.

    1. Marc Ouellet
      Répondre

      Merci!!!

  • Garry
    Répondre

    One of best written and photographed trips I’ve ever read. Thank you for all the hours you spent putting it together.

    1. Marc Ouellet
      Répondre

      Thanks Garry! I appreciate the time you took to read and comment!

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